Charlotte

Un désir pensé et maîtrisé

Charlotte a 27 ans. Dans le cadre de son Master Science Politique/Politique et action publique, en 2013, elle a soutenu un mémoire intitulé « Étude des carrières au sein d’un groupe professionnel dit « déviant » : les tatoueurs professionnels ».

A titre personnel, pour diverses raisons -conscientes ou inconscientes- , Charlotte était contre le tatouage. Nonobstant, son travail de recherche et d’étude sur le métier de tatoueur a provoqué sa curiosité puis déclenché -insidieusement ?- le désir de se faire tatouer.
Après en avoir discuté de nombreuses fois, après l’avoir observée dans les officines des tatoueurs, la sensation de l’encrage devenait une évidence.

La ferme !

Concomitamment, ses grands-parents âgés ont décidé de vendre « la ferme » familiale qu’ils possédaient. Charlotte y a passé une partie de son enfance, de sa vie. C’est un endroit qui réunissait et fédérait la famille à l’occasion de nombreuses fêtes. Pour Charlotte, la vente de ce lieu, c’était la fin -physique et géographique- d’une histoire, le début d’une autre.

Il y a un an, elle a décidé de passer à l’acte. Son envie était parfaitement claire et maîtrisée : un choix esthétique lié nécessairement au choix sentimental de cette rupture. Une sacralisation ?

Le bouche-à-oreille et son réseau de connaissances l’ont dirigée vers une tatoueuse de Lille où elle résidait : Tania Vaiana -voir le très beau site : taniavaiana.com -. Elle en a aimé le style : Tania est spécialiste des fleurs et plantes en traits fins, à l’encre noire. Elle s’est présentée et a raconté.
Elle a beaucoup parlé de ce qu’elle voulait : un tatouage aéré, des espaces, du vide et du plein, qui représenteraient la végétation du jardin de la ferme, des arbres qu’elle aimait particulièrement.
Charlotte a voulu que son tatouage soit discret. Elle ne voulait pas « montrer ». Elle a choisi une partie du corps « qu’elle aime bien ».

La balançoire vide…

La veille du rendez-vous, elle était très stressée. Un dessin sur la peau, pour la vie, n’est pas une décision anodine.
La tatoueuse a écouté, a dessiné des arbres du jardin de « la ferme » : un prunier, trois marronniers, placés sur le côté droit, à hauteur de la poitrine. Et puis une balançoire avec un siège rouge sous le prunier : la balançoire de l’enfance, la signature de couleur de la tatoueuse. Une balançoire sans personne dessus… Et puis un point final : fin du tatouage, fin d’une époque. Une symbolique voulue.

L’encrage (en une seule séance de presque 3 h) a été « ultra-douloureux ». En cause la technique utilisée : le « dot » et la zone corporelle très sensible. Charlotte a beaucoup « transpiré ». Mais elle dit qu’elle a passé un « super moment » : son amie était présente, Charlotte a conversé avec elle, avec la tatoueuse et un autre client. « Une bonne ambiance », ajoute-t-elle.

En « bonus », Charlotte a voulu sceller une longue relation avec son amie présente : le symbole féminin (signe de Vénus). L’une se l’est fait tatouer sur le poignet (face inférieure) et Charlotte sur le dessus du pied (ce qu’elle regrette car il se voit lorsqu’elle porte certaines chaussures !).

Les grands-parents tant aimés, quelques proches -pas tout le monde-, quelques amis, ont vu son tatouage. Les commentaires sont sympathiques, plutôt flatteurs.

Point final.

Point final.

In fine, Charlotte est satisfaite de s’être fait tatouer, heureuse de ses choix. Elle en restera là.

Juillet 2016